Circulaire de rentrée 2012 : entre autosatisfaction et programme électoral.

L'avis du Sgen-CFDT sur le volet « école primaire ».
Rarement une circulaire de rentrée aura paru aussi décalée du réel. Le ministère fait ses
recommandations aux collègues en semblant ignorer totalement les difficultés accrues qui
seront vécues dans les écoles du fait des suppressions de postes, hausses d'effectifs,
raréfaction des RASED (même pas cités dans le texte), suppression de la formation,
manque de remplacement …
D'ailleurs, comment ne pas voir un aveu dans le fait que le premier paragraphe s'intitule
« personnaliser » alors que son contenu n'évoque ni l'aide personnalisée, ni les RASED.
Les conditions de mise en oeuvre de l'aide, la destruction systématique des RASED ont
sans doute retenu la plume de l'auteur; la provocation eut été trop forte !
Le constat est le même pour l'accueil des élèves handicapés : la formation et
l'accompagnement des enseignants, les assistants de scolarisation cités comme enjeux de
la scolarisation n'existent pour ainsi dire pas dans les écoles malgré nos demandes
répétées !
De plus l'argumentaire est appuyé sur des améliorations que révéleraient les résultats des
évaluations, comme si ces résultats pouvaient être regardés avec confiance alors que leur
élaboration ne présente aucune garantie sérieuse de fiabilité, que les évaluations PISA
affichent une baisse importante des résultats en France !
Bref, tout cela s'apparente plus à un texte de propagande pré électorale qu'à un cadre de
référence pour la conduite du système éducatif ! L'introduction de ce texte en donne
d'ailleurs le ton : parler d'école du socle commun alors que ce concept n'existe pas est une
gageure tant les programmes sont éloignés de l'ambition d'un socle commun accessible à
tous.
Mais, au delà de cette insupportable autosatisfaction de saison, des éléments conceptuels
sont vraiment inquiétants.
La description des priorités pour l'école reste centrée sur la langue et les mathématiques,
dans une acceptation réduite à la connaissance de la discipline pour elle même. Tout le
reste, les « autres domaines », est renvoyé aux « repères de progression ».
En persistant à isoler les « savoirs fondamentaux » du reste des connaissances, on reste
loin d'une logique de construction de compétences qui lie le maniement des outils, que
sont la langue et les mathématiques, à la découverte de l'ensemble des domaines de la
connaissance. Or c'est ce lien qui donne du sens aux apprentissages et permet de
travailler sur la motivation des élèves. Sans cet effort de cohérence, il ne sert à rien de
parler de socle commun, cette notion pourtant reconnu par la loi, est vidée de son sens.
Et c'est particulièrement grave pour les élèves les plus fragiles. Juxtaposer des disciplines,
les unes dites fondamentales,les autres non, est en lui même un facteur d'échec parce que
cela impose une structuration des savoirs qui est de fait un outil de sélection. Il ne s'agit
pas de contester l'existence de disciplines, mais bien de pointer que c'est dans la relation
entre elles, dans leur appropriation au travers de la construction de compétences, que
réside le meilleur moyen d'accompagner tous les élèves sur la voie de la réussite.
La lecture du paragraphe « renforcer l'action sportive » en est un exemple : la confusion
volontaire entre « éducation physique et sportive » et « sport » est entretenue par le lien
fait avec les fédérations, le comité national olympique et sportif visant uniquement la
performance et bien loin de l'éducation sportive pour tous !
La confusion, volontairement entretenue, des établissements ECLAIR avant garde de
l'école ( sic) et de l'éducation prioritaire laisse augurer la disparition, à terme, des RRS
malgré l'attention particulière « méritée »! Le recrutement spécifique et les indemnités
variables deviendraient le fer de lance de l'autonomie et les internats d'excellence « avantgarde
» de l'éducation prioritaire... ( sic) alors qu'ils ne concernent qu'une infime minorité
d'élèves, qui plus est en réussite scolaire !
Dire que le décloisonnement entre pédagogie et vie scolaire est effectif alors qu'aucun
moyen n'y est consacré en école relève de l'onirique : le programme ECLAIR se
résumerait, comme le Sgen-CFDT le dénonce depuis sa création, aux moyens mis en place
au collège auquel on a ajouté les écoles afférentes sans les y décliner !
La note cite d'ailleurs le profilage des postes en école alors qu'il n'a été imposé qu'au
collège !
Le paragraphe « établir un climat propice aux apprentissages » se résume à la lutte contre
le harcèlement, à renforcer la lutte contre l'absentéisme telle qu'annoncée dans la
circulaire de janvier qui accroît la charge de travail des collègues et n'incite pas au
signalement des absences et à la sécurité des établissements : on est loin d'aborder tout
ce qui favorise un climat studieux et serein indispensable aux apprentissages et qui relève
avant tout de la pédagogie tels le goût, l'envie d'apprendre, la curiosité intellectuelle !
Si on rapproche ce paragraphe de celui concernant la laïcité, on ne peut que constater que
la méconnaissance du terrain : interdire toute tenue manifestant une conviction religieuse
revient à supprimer toute sortie ou voyage selon l'endroit où est située l'école, et risque
fort de générer incompréhension et tension !
Les outils annoncés tout au long de la note à disposition des enseignants peinent à être
mis en ligne : le LPC et le livret numérique sont toujours attendus malgré les annonces …
Etant donné le ton de cette note de rentrée et la politique menée au cours de ce
quinquennat, le Sgen -CFDT s'interroge sur l'interprétation locale des outils à disposition
des équipes et rappelle qu'en aucun cas les IEN ne devront les imposer, l'équipe restant
maître de sa pédagogie et des outils qu'elle choisit !